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17
2017
Anggun au FIMA : « Tout est encore possible »
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INTERVIEW À la fois discrète et pleine de tempérament, Anggun sera sur la scène du FIMA le 24 juin. Rencontre avec une artiste qui aime le métissage, prendre des risques, et les éventails.

Que ressentez-vous à l’idée de participer à un festival qui met en lumière les métiers d’art et donc, l’intelligence de la main ?

Pour tout vous dire, j’avais déjà participé au livre « Le geste et la parole des Métiers d’Art », aux éditions Le Cherche Midi, aux côtés d’autres artistes qui partageaient leur admiration pour l’un de ces métiers. L’ouvrage était préfacé par Eric Orsenna et j’y ai apporté ma contribution en m’intéressant au métier d’éventailliste. Il se trouve que je suis collectionneuse d’éventails ! J’en ai plus d’une centaine chez moi. J’ai d’ailleurs la chance de posséder un modèle nacré du 19ème siècle, mais il est très fragile et je n’ai pas le droit d’y toucher (rires). Les métiers d’art, c’est quelque chose qui me parle d’autant plus que ma grand-mère pratiquait le Batik. Elle dessinait sur du tissu. Et pour créer un motif d’un mètre, il lui fallait quasiment une semaine. Tout ce qui a trait aux métiers d’art, à ce qu’on peut faire avec ses mains, avec le cœur, me touche profondément.

La variété, au sens noble du terme, telle que vous la pratiquez, c’est une forme d’artisanat ?

Je trouve en tout cas que nos métiers se rejoignent sur un point : le manque de reconnaissance. La France est pays littéraire, un pays de gastronomie aussi. Mais sorti de ces deux univers, toute activité à dimension artistique manque de considération. Serge Gainsbourg lui-même, pourtant un maître incontesté et un pianiste incroyable, disait que de la chanson qu’elle est un art mineur. Comme s’il admettait qu’il est normal de déconsidérer le travail des artisans de la chanson. Une situation encore plus difficile à vivre aujourd’hui. L’industrie du disque a considérablement changé, le streaming gratuit de musique donne l’impression au public que notre travail n’a plus de valeur et par voie de conséquence, de nombreux artistes ne parviennent plus à vivre de leur métier. Ce sont eux qui pâtissent le plus de ces évolutions. Par rapport au bonheur qu’ils procurent aux gens, ça me semble terriblement injuste. Personnellement, j’ai beaucoup de chance, je suis à l’abri. Mais ce n’est pas le cas de nombreux artistes. Et j’imagine qu’il en est de même pour ceux qui exercent un métier d’art.

Pratiquer un art, c’est douter en permanence.

Vous êtes une femme engagée. Contre les clichés sur les Asiatiques. Contre la peine de mort dans votre pays natal. Pour le droit de vivre votre féminité et votre modernité tout en étant musulmane. En tant que marraine de l’association Aviation sans Frontières. De manière générale, la vie d’artiste est-elle un combat ?

D’une certaine manière, oui. Pratiquer un art, c’est douter en permanence. Nous sommes vulnérables et dépendants du désir de l’autre. Il y a tellement de chanteurs, de chanteuses, et le public est infidèle. Pour ma part, j’aime me renouveler car je ne veux pas m’éteindre. On m’a donc parfois reproché de me disperser. Mais c’est en ce sens que ma vie d’artiste est un combat. Je me bats pour me renouveler, pour proposer des choses différentes. J’aime brouiller les pistes. Même si mon identité vocale m’aide à préserver une certaine unité de disque en disque.

En Indonésie, vous faites partie du jury de l’émission Asia’s Got Talent. Quand vous avez débuté, les télé-crochets n’existaient pas. Vous auriez pu être vous-même candidate ?

Oh oui, pourquoi pas ! Même s’il faut être solide psychologiquement car du jour au lendemain, on se retrouve pris dans un véritable tourbillon médiatique. Après, ça dépend de ce qu’on recherche. The Voice, c’est formidable car on est jugé pour sa voix et rien que pour sa voix. Dans Asia’s Got Talent (ndlr : équivalent indonésien de « La France a un incroyable talent ») on juge tous types de prestations artistiques. À vrai dire, la seule chose qui me gêne vraiment dans ce type d’émissions, ce sont les personnes qui y participent uniquement pour être célèbre. Ça flatte l’ego, évidemment, mais la célébrité, c’est aussi une forme de responsabilité. Il faut savoir garder la tête froide.

Votre dernier album s’appelle « Toujours un ailleurs. » Savez-vous déjà à quoi va ressembler votre prochain ailleurs ?

Je n’en ai aucune idée et je n’ai aucun désir de le savoir. Je ne voudrais pas apprivoiser mes rêves. J’ai toujours suivi mon instinct, sans rien calculer, et j’aimerais que cela continue ainsi. Et en même temps, je suis maintenant maman d’une petite fille de 9 ans. Je ne peux plus agir comme lorsque j’avais 20 ans. Cela dit, je ne veux surtout pas devenir esclave d’une quelconque pression extérieure. J’écouterai toujours mes envies. J’aime penser que tout est encore possible…

 

ANGGUN EN DUO AVEC FLORENT PAGNY

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